Édition #5

Les autres facettes de l’expérience ludique

Stéphanie BRUNON Gérante Luth Médiations, Agence créatrice d’attractivité territoriale
Les familles sont en attente d’expériences ressourçantes dans la nature. La simplicité de jeux d’enfants écoconçus a toute sa place dans l’offre touristique pour permettre une expérience singulière. Chacun s’y retrouve : les petits y explorent le meilleur des terrains de jeux ; les plus grands renouent avec des sensations oubliées et se réapproprient l’espace naturel de façon ludique et créative.

L’offre touristique accompagne ainsi un mouvement de fond : replacer l’enfant dans la nature, que ce soit à l’image des écoles dans la forêt, des wild crèches, de pédagogies mettant en avant l’autonomie dans les découvertes… Il s’agit de mettre l’enfant en situation d’expérimenter, physiquement et avec tout ses sens, un espace qui n’est pas apprêté pour lui. D’explorer le singulier, d’observer le vivant, le minuscule, de se saisir de matériaux pour les réemployer dans des jeux et inventions… Les familles sont ravies de cette simplicité qui les réunit naturellement : l’intergénérationnel fonctionne car chacun trouve du plaisir dans ces jeux-là, partagés.

L’expérience (touristique) est un terme très employé ces dernières années. On oublie souvent que l’expérience doit combiner 4 dimensions : le divertissement, l’évasion, mais aussi l’esthétique et l’éducation, qui sont parfois les composantes négligées. Ces quatre dimensions ont été explorées à travers l’expérimentation du Monde des Pentes.

L’évasion doit chercher à marquer une rupture de cadre, mais aussi une rupture temporelle en invitant le visiteur à prendre son temps, à vivre un moment vraiment différent… L’esthétique doit être au service de l’évasion, concourir à souligner l’esprit des lieux, sans le dénaturer. Le volet éducation est souvent le parent pauvre de l’expérience. Or la mise en récit du site exploré, proposant la découverte des particularités d’un village, d’un territoire, participe à marquer la visite. Les collectivités publiques trouvent ainsi un sens à proposer du ludique : elles valorisent leurs patrimoines, sensibilisent à l’environnement, et sont ainsi acteurs de l’éducation des publics en situation de loisirs, des familles. L’éducation ne veut pas dire donner une leçon ! La gamification, la mise en récit, sont des méthodes qui concourent à l’apprentissage.

Je suis aussi convaincue que c’est par le jeu dans la nature que l’on peut maintenir/recréer le lien de l’enfant à son environnement. C’est un biais primordial pour le sensibiliser à des problématiques environnementales, et provoquer des prises de conscience, des attentions au monde – même infimes. Ajoutez à cela un scénario de jeu qui intègre histoire forte et contenus éducatifs, et crée des liens intergénérationnels. Une conception associant les habitants pour valoriser un site en intégrant leurs regards… Le produit touristique de découverte qui en découle sera forcément unique et distinguant !

Les enjeux du ludique en montagne intègrent fortement les questions de l’enfant dans la nature : quelle offre imaginer pour renouer ce lien, pour inciter à sortir, à quitter le virtuel pour le réel, à promouvoir l’activité physique, l’exploration… ? Quelles découvertes proposer, pour investir les temps de loisirs grandissants, sensibiliser par la gamification ? Quel cadre construire pour aménager sans dénaturer, penser les reconversions et le réemploi ? L’univers des parcs de jeux doit rester un univers à part : en montage, dans la nature et plus particulièrement en forêt, le ludique doit se réinventer. La législation des aires de jeux, qui a pour but d’anticiper les dangers, pousse à la normalisation. Celle-ci est heureusement contournée par la créativité des designs des fabricants, mais incite particulièrement à l’artificialisation des sols. Le risque est de proposer en montagne les mêmes espaces de jeux hors sol qu’en ville, et de laisser filer l’âme des lieux…

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Stéphanie BRUNON
Stéphanie BRUNON
Formée au management de projets culturels, en tourisme durable et dynamiques territoriales, Stéphanie est spécialisée en interprétation des patrimoines, et travaille sur la mise en récit de sites et territoires. Petits sites ou grands sites de France, territoires ruraux ou espaces naturels protégés, elle accompagne des projets de sentiers, itinérances, centres d’interprétation, de stratégies de mise en tourisme.